2- La Georgie (on dirait le Sud...)
  
2- La Georgie (on dirait le Sud...)
 

 

Samedi 25/07/2009: Just an old, sweet song keeps Georgia on my mind.

Le littoral de la Géorgie, que nous suivons sur l'autoroute 95, est tellement étroit, qu'on pourrait traverser l'Etat sans y prendre garde, passer de la Floride à la Caroline du Sud comme par inadvertance.  

La côte est très dentelée, irrégulière, capricieuse. L'autoroute qui la longe ne cesse d'enjamber des rivières qui vont se jeter dans l'océan après avoir traversé de belles étendues de marais.

Peu de plages; nous renonçons à aller sur Jekyll Island étant donnée l'affluence du week end et nous dirigeons plutôt vers Savannah.

Etape à Darien.

Connu pour rien de spécial, c'est juste une sortie d'autoroute qui s'est présentée à un moment où nous avions envie de nous arrêter. C'est un petit coin modeste de Géorgie, paumé, calme et silencieux. Les maisons sont de vieilles bicoques en bois, assez éloignées les unes des autres, des chaises attendent les visiteurs sous des patios tranquilles. Au bord de la rivière (vous savez, une de celles qui se jettent dans l'océan après avoir chatouillé les herbes des marais), de vieux crevettiers rouillés (comme celui de Forrest Gump) patientent.

Crevettiers à Darien

Darien

J'ai trouvé mon Amérique, l'ambiance que je cherchais

 

Dimanche 26/07/2009: SAVANNAH: la valse des squares.

 

A 11 heures, peu avant Savannah, nous nous arrêtons pour prendre le Brunch chez Shoney's (?), l'idée d'un buffet nous séduit, sauf les enfants qui associent le mot "buffet" au mot "crudités", et ce dernier à "dangeureux pour la santé"; ils choisissent donc prudemment de rester en territoire familier et commandent un cheeseburger-frites aux vertus bourratives maintes fois éprouvées.

Quant à nous, les adultes de la famille, nous nous jetons avec avidité, mais discrétion (ceux qui ont de l'amour-propre et faim en même temps comprendront) sur un buffet royal: du sucré et du salé, du chaud et du froid, le principe du brunch. Méprisant avec inconscience tous les principes de base de la diététique, nous construisons notre repas comme un mille-feuilles: une assiette de salé, des pancakes, une assiettes d'autre chose, et puis des pancakes, etc.

Nous avons découvert Savannah avec lenteur, dans la torpeur d'un dimanche après-midi d'été. Cette ville a été construite de façon singulière par un ingénieur-architecte dont j'ai oublié le nom, nous l'appellerons donc "l'architecte anonyme". La ville est faite d'une succession de squares (une vingtaine) arborés, ombragés, autour desquels se dressent de belles et élégantes maisons.

maisosn savannah 

Entre chaque square, de petites rues tout aussi élégantes et joliettes. Nous "cabotons" de square en square, nous laissant charmer par l'architecture "coloniale", que nous avons du mal à photographier tant les chênes tordus (c'est de leur âge) nous font barrage.

maison savannah 

Nous ne sommes pas les seuls promeneurs; certains ont un plan de la ville à la main, d'autres sont sortis en famille, d'autres encore somnolent assis sur un banc, regardant jouer les écureuils espiègles. A nous 5, nous faisons une bonne synthèse de cette humanité flânant dans Savannah le dimanche 26 juillet. Tous ces squares donnent à la ville un air de récréation, une ambiance "l'école-est-finie". S'il ne faisait pas si chaud, nous aurions pu errer de square en square encore longtemps.

Nous avons cherché l'ambiance sulfureuse du film "Minuit dans le jardin du bien et du mal" avec Kevin Spacey, nous avons trouvé quelques demeures fastueuses; mais en réalité  nous nous sommes juste enfoncés dans une atmospère dominicale. Bien qu'elle ait été peuplée à l'origine par quelques anciens prisonniers de droit commun chargés de faire prospérer la race humaine et mais aussi d'étendre l'empire britannique, Savannah est une paisible ville provinciale, qui ne veut de mal à personne.

Près de la rivière (River Front) se dressent d'anciens entrepôts à coton transformés en magasins de T-shirts. Même si l'endroit est joli (bateaux à aube et rues pavées) on a passé notre chemin, car le négoce de T-shirts est un indice de présence de touristes.

 boutiques river front       river front, savannah

Je cherchais en Géorgie quelque chose de plus profond, comme la chanson de Ray Charles, par exemple, ou comme le roman de Calum Mc Cann , "Les saisons de la nuit", dont le protagonniste descendant d'esclaves, tunnelier à New York, rêve de retourner dans les marais de Géorgie pour y mourir, ou comme les combats et les rêves de Martin Luther king, natif d'Atlanta.

minuit jardin bien et mal

La Géorgie est profonde, et pour aller à sa rencontre, il faut s'enfoncer dans les terres, s'éloigner du littoral.

J'ai alors fait mon caprice. Pour faire écho à mes lectures et donner à notre passage en Géorgie un dimension supplémentaire, j'ai voulu (il le fallait) visiter le Musée des Droits Civiques. Que nous avons patiemment cherché (en fait, Dominique a été patient, et moi entêtée), puis trouvé...fermé.

Lundi 27/07/2009: SAVANNAH (bis) ET TYBEE ISLAND

Retour au Musée des Droits Civiques, sis au 460 Martin Luther King Boulevard (comme il se doit), à Savannah. Fermé.

Les choses sont désormais claires, inutile de vérifier dans votre dictionnaire: si c'est écrit sur la porte "closed Sunday; closed Monday", ça veut bien dire "fermé le Dimanche et le Lundi". C'est vérifié, je peux maintenant être affirmative.

Pendant que, résignée, dépitée, je faisais le tour du quartier pour faire demi-tour, Dominique, qui a été équipé à la naissance d'un détecteur de vieilles mécaniques, tout exprès pour m'embêter, voit à travers un mur une vieille locomotive et se dit qu'il doit y avoir par là un musée du train.

En effet.

musée train

Et nous voilà partis pour une visite guidée de vieux wagons-lits, de vieilles locomotives.

 musée train     

Nous avons aussi eu droit à un tour en train à vapeur. Dans un excès de zèle, nous nous sommes placés en tête du wagon, pour ne rien rater. Bien nous a pris, car nous avons ainsi pu vivre pleinement l'expérience du train à vapeur, recevant toute la fumée  dans la figure et les odeurs de vieille graisse et de cambouis indispensables pour rendre l'aventure authentique et indubitable.

musée tain, hugo               musée train marius et pablo

Les enfants ont aussi fait un petit tour en draisine (le wagon-plateforme que l'on met en mouvement  en actionnant un levier, comme dans Tintin et le temple du soleil (?) ou dans un Tex Avery.

Contents de nous et du hasard qui nous a conduits dans un musée qui ne figure dans aucun guide, nous poursuivons avec entrain (hi hi) notre route, optimistes au point de projeter un pique-nique en plein midi à Tybee Island, île-station balnéaire qui se trouve à une dizaine de miles de Savannah.

 

Tybee Island est un lieu de villégiature très agréable: maisons colonialo-tropicales, plages de sable très fin et mer tiède. Après le pique-nique près de la plage, nous descendons de quelques mètres pour aller nous baigner.

plage là, c'est nous, on va aller se baigner

La plage est peuplée de familles, de parasols et de glacières.

pêche                plage

Nous laissons nos affaires en toute confiance (les enfants ont peu à perdre: une serviette de plage publicitaire; mais moi, je laisse mon sac à main avec passseports, carte bancaire et menue monnaie) pour aller nous baigner dans des vagues agréables et dans la bonne humeur. Les Américains sont confiants: j'ai vu des vitres de voitures ouvertes sur les parkings, des sacs laissés sur des chaises longues (par exemple à Wet'n Wild) ou sous des sièges de restaurant, nous avons même une fois laissé une portière de la voiture grande ouverte pendant que nous faisions les courses (ne cherchez pas: l'enfant mystère).

En quittant l'île, nous nous arrêtons à Fort Pulaski: un chef d'oeuvre de maçonnerie. L'architecte avait tout bien calculé pour qu'il résiste aux canons.

Et puis quelqu'un a inventé les canons rayés.

Résultat: canons rayés : 1; maçonnerie : 0.

C'était au début de la guerre de sécession, les Géorgiens, sécessionnistes, ont voulu garder le Fort, pour faire les malins, et les Unionistes les ont rappelé à la réalité en 30 heures de siège. Un siècle et demi plus tard, il nous reste un endroit de ballade très intéressant avec des canons en pagaille, un joli chemin de ronde, peu de monde et une belle pelouse.

Il a bien fallu partir. J'aurais voulu traîner encore un peu. Dominique m'a promis qu'on reviendrait; devant trois témoins pas très attentifs, pas vraiment assermentés, pas tout à fait incorruptibles. Mais il a promis, ça me suffit.

Alors on a franchi la frontière entre la Géorgie et la Caroline du Sud.

Hit the road Jack (...) I'll be back on my feet some day.

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